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DROIT DANS LES YEUX par Virginie Gimaray le 29.10.2010.
Les yeux fermés




À l’entrée de l’exposition « La Subversion des images », un photomontage de 1929 représente seize membres surréalistes, disposés en frise autour d’une peinture de Magritte mêlant mots et image : je ne vois pas la femme cachée dans la forêt. Les yeux des hommes sont fermés. Paupières closes, sont-ils en train de rêver, de projeter l’image de cette femme que le peintre Magritte a représenté de profil, tête légèrement inclinée ?
Leurs yeux scellés posent la question du portrait, contrôlé ou non par le regard …




“Enquête sur l’amour”,
La Révolution surréaliste, n°12,
15 décembre 1929, pp.72-73



Capter le regardeur

J'en viens à m'interroger sur Erwin Olaf et sa série de modèles qui ne regardent pas l'objectif. Une série incroyable, où les yeux des modèles sont mi-clos, fermés, tournés ailleurs. C’est pourtant par le regard que chacun va à la rencontre de l’autre et la tradition du portrait repose sur l’œil, la fenêtre de l’âme.
Michael Baxandall, dans « l'Oeil du quattrocento », parle de ces artistes comme Botticelli qui s'inscrivent dans le champ de leurs tableaux pour jeter un oeil au spectateur, le faire entrer dans la toile. Car le regard est le plus sûr moyen de capter le regardeur. Avec ses portraits sans regard, Erwin Olaff joue non plus le face à face, mais la projection au-delà du modèle. Est-ce une manière de transformer le statut du regardeur, de lui ôter toute accroche sympathique et de le renvoyer au voyeurisme ?
Erwin Olaf: Ruben, et Nature morte 2008 de la série Fall.


Faux miroir

Les portraits de la série « Fall » alternent avec des natures mortes, représentant des plantes et des fleurs dans des vases en céramique. À la lumière de ces accessoires, l'humain apparaît comme un mannequin vidé de sa substance, dépossédé de lui-même, une nature morte. Les personnages de la série « Fall » semblent étrangers à eux-mêmes.

Olaf les photographie comme des objets étouffés par le vide irréel qui les entoure. Certains modèles tournent le dos, rappelant le célèbre portrait de Betty par Gerhard Richter. Leurs yeux se dérobent et le visage redevient objet, le regard n’étant plus pris au filet du sujet. Le modèle cesse d’être appât ou objet de séduction ou faux miroir. Fermer cet accès est-il le moyen pour les artistes d’ouvrir nos yeux à ce qui force les apparences ?

René Magritte, Faux miroir, 1928.

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs.
Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.
(Paul Éluard, La Courbe de tes yeux)

Article publié par Virginie Gimaray

à l'occasion des expositions 2009-2010 :
« Erwin Olaf »
Institut néerlandais,
121 rue de Lille,
Paris 7e,
du 14 mai au 5 juillet.
www.erwinolaf.com

« La Subversion des images » ,
au Centre Pompidou,
du 23 septembre 2009
au 11 janvier 2010


Ref: 29/10/2010 Création Écriture
Titre:Droit dans les yeux Article publié par Virginie Gimaray Vallée d'Art www.valleedart.org [lien] Photo
NdV =[ 215119 ]    P =[ 223848 ]
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